MPO, MBO, OKR : comment s’y retrouver (et pourquoi la confusion est révélatrice)

Cet article clôt le cluster « Management Par Objectifs ». Il clarifie les acronymes, leurs origines, et ce que leur confusion révèle. Pour comprendre le dispositif, voir Qu’est-ce que le Management Par Objectifs ?. Pour ses effets sur le leadership, voir Pourquoi le MPO et le leadership cohabitent difficilement. Pour l’analyse systémique de ses limites, voir Les limites du Management Par Objectifs.

Trois acronymes, trois réalités

MPO, MBO, OKR. Ces trois acronymes sont souvent utilisés de manière interchangeable. Ils ne disent pas la même chose.

  • MBO : Management By Objectives. Le concept original, formalisé par Drucker en 1954.

  • MPO : Management Par Objectifs. La pratique courante, ce que le MBO est devenu dans les organisations.

  • OKR : Objectives and Key Results. Une variante du MBO, popularisée par Google.

Le premier est un concept. Le deuxième est une pratique. Le troisième est une évolution. Les confondre, c’est confondre trois choses différentes : un idéal, ce qu’on en a fait, et une variante.

MBO et MPO : un concept et une pratique

MBO désigne le concept original, tel que Peter Drucker l’a formalisé en 1954, dans The Practice of Management.

Drucker insiste sur un point : les objectifs doivent être négociés entre le manager et le collaborateur. C’est un processus d’engagement mutuel, pas d’imposition. L’objectif n’est pas une cible descendue d’en haut, c’est un accord entre deux parties. Le collaborateur s’engage sur un résultat, le manager s’engage sur les moyens.

Cette dimension contractuelle est au cœur du MBO. Sans elle, le dispositif perd son sens.

MPO désigne ce que le MBO est devenu dans les organisations : des objectifs fixés par la hiérarchie, une évaluation descendante, un lien direct avec la rémunération ou la promotion. La dimension négociée a largement disparu. Ce qui reste, c’est la mesure.

Autrement dit : MBO est le concept, MPO est la pratique. Le premier est un idéal, le second est ce qu’on en a fait.

La différence tient en un verbe : négocier (MBO) vs fixer (MPO). C’est cette différence qui a été perdue dans l’application.

Une ambiguïté supplémentaire : MBO a deux sens

MBO est un acronyme polysémique. Dans le contexte du management, il signifie Management By Objectives. Dans le contexte de la transmission d’entreprise, il signifie Management Buy-Out : le rachat de l’entreprise par ses cadres .

C’est une opération financière qui n’a rien à voir avec le management par objectifs. Mais l’ambiguïté existe, et elle crée de la confusion dans les recherches et dans les conversations professionnelles.

Quand quelqu’un dit « on a mis en place un MBO », il peut parler de deux choses radicalement différentes : un dispositif de fixation d’objectifs, ou un rachat d’entreprise par ses dirigeants.

MBO et OKR : une évolution, pas une rupture

OKR (Objectives and Key Results) est souvent présenté comme une alternative au MBO. C’est une erreur. OKR émerge du MBO.

L’histoire est documentée. Andy Grove, ancien CEO d’Intel, a adapté le MBO de Drucker dans les années 1970. Il a ajouté les Key Results : des résultats mesurables qui permettent de suivre l’atteinte de l’objectif. John Doerr, qui travaillait chez Intel, a découvert cette approche, l’a emportée chez Google en 1999, et l’a popularisée sous le nom d’OKR .

Ce qui change entre MBO et OKR, c’est moins la logique que les modalités :

MBO (Drucker) MPO (pratique) OKR
Cycle Annuel Annuel Trimestriel
Transparence Privé (manager-collaborateur) Privé Public (toute l’organisation)
Lien avec la rémunération Indirect Direct Déconnecté
Ambition Négociée Sécurisée (objectif atteignable) Étendue (objectif ambitieux)
Origine Drucker, 1954 Diffusion du MBO Grove, Doerr, 1970-1999

La différence la plus importante est le lien avec la rémunération. Dans un MPO classique, l’atteinte des objectifs détermine le bonus. Résultat : les collaborateurs fixent des objectifs qu’ils sont sûrs d’atteindre. Ce n’est pas de la paresse, c’est une réponse rationnelle au système .

En déconnectant les objectifs de la rémunération, les OKR rendent l’ambition « sûre ». Un score de 0,7 sur 1,0 est considéré comme un bon résultat. Dans un MPO, le même score déclencherait une conversation sur la performance .

Pourquoi la confusion est révélatrice

Cette confusion n’est pas anodine. Elle révèle trois choses.

1. Le management par objectifs est devenu un fourre-tout. On met sous le même mot des dispositifs qui n’ont ni les mêmes finalités, ni les mêmes effets. Le MBO de Drucker (négociation, annuel, privé) n’est pas le MPO tel qu’il est pratiqué (imposition, annuel, lié à la rémunération), qui n’est pas l’OKR (transparent, trimestriel, déconnecté de la rémunération).

2. Les acronymes masquent les logiques. Derrière chaque acronyme, il y a une conception du management. Le MBO suppose que le collaborateur est un agent rationnel qui s’engage sur des objectifs négociés. Le MPO tel qu’il est pratiqué suppose que le collaborateur est un exécutant qu’il faut mesurer. L’OKR suppose que le collaborateur est un acteur qu’il faut aligner sur une stratégie.

3. La confusion empêche de penser autrement. Tant qu’on utilise les mêmes mots pour désigner des choses différentes, on ne peut pas distinguer les problèmes. Le problème du MPO n’est pas le même que celui du MBO ou de l’OKR. Mais si on les confond, on ne peut pas les traiter séparément.

Ce que cela change

Pour le manager. Distinguer MBO, MPO et OKR, c’est commencer à distinguer les logiques. Le MBO n’est pas le MPO. Le MPO n’est pas l’OKR. Chacun a ses usages, ses limites, ses conditions de validité.

Pour l’organisation. Choisir un dispositif, c’est choisir une conception du management. Le MPO lie les objectifs à la rémunération. L’OKR ne le fait pas. Ce n’est pas un détail : c’est ce qui détermine si les collaborateurs fixent des objectifs ambitieux ou des objectifs sécurisés.

Pour le lecteur. Comprendre ces distinctions, c’est se donner les moyens de ne pas se laisser enfermer dans un dispositif sans savoir ce qu’il implique.

Pour aller plus loin


Cet article clôt le cluster « Management Par Objectifs ». Il clarifie les acronymes. La compréhension des mécanismes est ailleurs — dans les trois articles précédents.

Jacques WALTER

Consultant indépendant

Jacques Walter est un ancien compliance officer, risk manager directeur du contrôle interne aux achats d'un groupe du CAC 40 (20 ans), associé d'une TPE (3 ans) et entrepreneur de niche depuis 15 ans. Praticien de la gouvernance, du risque et de la conformité, il est l'auteur de plusieurs ouvrages publiés chez AFNOR. Il écrit sur la compréhension des systèmes, le management et l'entrepreneuriat individuel.

41 articles publishedExpertise: Gouvernance, Gestion des risques, Contrôle interne, Conformité, Management des processus

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *